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"La fée électricité" 1937 Raoul DUFY.

mardi 14 mai 2013, par F.Bianic

"La fée électricité" 60m x 10m Raoul DUFY Musée d’art moderne de la ville de Paris.

« La fée électricité » de Raoul Dufy est une œuvre de commande. À l’occasion de l’exposition internationale de Paris de 1937 la compagnie parisienne de distribution d’électricité demande au peintre d’exécuter une fresque de 60 m de long par 10 m de haut pour décorer le pavillon de la lumière et de l’électricité dans un bâtiment conçu par l’architecte Mallet-Stevens. Raoul Dufy dispose de 12 mois pour concevoir et réaliser cette fresque. C’est un délai très court pour une opération de cette importance.
Il commence par se documenter en consultant savants et historiens afin de retracer une histoire de l’électricité. Aidé de son frère Jean Dufy il court les musées et les bibliothèques à la recherche d’informations sur l’histoire des découvertes des phénomènes électriques. Il entreprend également une série de visite de lieux industriels, aciéries, chantiers navals, centrales électriques où il réalise sur le vif des séries de croquis. Ceux-ci vont lui permettre d’esquisser sa composition. Il réalise alors une maquette au dixième (6m x 1,1m) à partir de laquelle sera peinte l’œuvre finale.

La réalisation.

Dans sa présentation originelle la fresque couvre un mur légèrement cintré. Le support est constitué par l’assemblage de 250 panneaux de contreplaqué mesurant chacun 1,2m x 2m soit 5 rangées superposées de 50 panneaux chacune.

Le support : 250 panneaux de contreplaqué.

Le pavillon de la lumière et de l’électricité. Robert MALLET-STEVENS.

Dufy travaillera à partir de la maquette au dixième qu’il va photographier sur des plaques de verre pour les rétroprojeter ensuite sur les panneaux de contreplaqué. Il mettra au point avec un ami chimiste une technique de peinture à l’huile qui conserve transparence et matité tout en séchant rapidement.

Composition d’ensemble

La composition se déploie à partir du centre et s’étage sur deux registres. La lecture chronologique s’effectue de la droite vers la gauche.

Dans le registre supérieur on passe d’une campagne idyllique (partie droite de la composition) à la représentation d’activités industrielles (partie gauche) puis à des activtés festives (rue pavoisée, orchestre symphonique) jusq’à l’envol d’iris, messagère des Dieux, qui porte la lumière aux capitales du monde.

En plein centre le foudre de Zeus, les dieux de l’Olympe trônant dans la partie centrale supérieure (de gauche à droite Arès, Aphrodite, Héra, Zeus, Athéna, Apollon, Dionysos, un peu plus bas la figure ailée d’Hermès et à droite Eole). Dans la partie centrale inférieure la production d’électricité par les hommes grâce à la centrale électriques. L’électricité, don des Dieux, "apprivoisée" par les hommes ?

Le registre inférieur rassemble les 110 savants réunis par Dufy pour raconter l’histoire de cette conquête des hommes ambitionnant d’être à l’égal des dieux.

Les 110 savants.

Dufy au travail

Pour peindre tous ces personnages Dufy fera poser des figurants de la Comédie Française. Sous le portrait de chacun des savants il indiquera leur nom en couleur rouge.

La pose.

Quelques uns des 110 savants et l’écriture rouge qui les identifie.

En résumé la taille de cette fresque est si grande qu’elle ne peut pas s’embrasser d’un seul regard. En autonomisant la couleur par rapport au dessin Dufy permet au regard de se promener de lieu en lieu par le jeu des masses colorées. Il réalise un espace feuilleté. Dufy a conçu son oeuvre en peintre et l’a réalisée en décorateur. C’est à dire pour en faire une présentation aimable.

La répartition des masses colorées.

Cette exposition se déroule dans un contexte historique et culturel tendu : conflit sino-japonais ; guerre civile espagnole...et dans un climat qui remet en cause la modernité artistique. Picasso,révolté par la barbarie perpétrée contre des populations civiles sans défense, expose le tableau "Guernica" pour le pavillon de l’Espagne, et dans le même temps l’Allemagne nazi organise à Münich l’exposition "d’art dégénéré" qui désigne à la vindicte populaire tout ce qu’il y a de plus créateur dans l’art moderne.

L’exposition internationale de Paris se voulait pacifique et progressiste en tentant de conjurer un avenir qui s’ouvrait sous les auspices les plus noirs.

Aujourd’hui on peut admirer cette oeuvre au musée d’art moderne de la ville de Paris. Seule différence avec l’ancienne présentation la surface du tableau présente une courbure beaucoup plus importante.

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